La sexletter #3, par Charles.co et Claire Alquier

Pornographie
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Le mot par Charles.co

Lors du dernier confinement, la consommation de pornographie a été démultipliée. En sera-t-il de même pour cette deuxième vague ? 

On entend tout sur le porno : sur son âge, sur ses effets, sur son histoire, sur ses mécanismes. Bon ou mauvais ? Excitant ou oppressant ? Avec plus de 30 millions d’internautes qui ouvrent une nouvelle page toutes les secondes, on s’est dit qu’on voulait décortiquer le phénomène. Démêler le vrai du faux et parler tranquillement porno. 

On vous souhaite une bonne lecture et surtout une excellente journée !

Quid du porno, par Claire Alquier 

Phénomène récent ou vieux comme Hérode, on en entend beaucoup sur la pornographie. 

Les supports pornographiques favorisent-t-ils l’imagination ou renforcent-ils les normes ? Peuvent-ils devenir des outils de développement de nos fantasmes ou viennent-ils renforcer nos complexes ?… Il est l’heure de faire le point. 

Le mot « pornographie » est apparu au Siècle des Lumières pour désigner les études au sujet de la prostitution.

Si l’on reprend l’étymologie, le mot vient du grec « porne » qui signifie « prostitué.e » et de « grapho » qui signifie « peindre », « écrire » ou « décrire ».

Au départ donc, la pornographie est la représentation « complaisante » (comprendre à caractère sexuel) de sujets, de détails obscènes, dans une œuvre artistique dans le but de susciter de l’excitation sexuelle.

Aujourd’hui, le terme n’est quasiment utilisé que pour parler des films pornographiques, on en oublierait presque que la pornographie, au sens le plus large donc, se vit depuis des siècles, dans toutes les cultures et sous des formes variées.

Petite (et non exhaustive) histoire de la pornographie : les étapes clés

En Grèce et Rome antique, les peintures, sculptures ou autres céramiques représentant des scènes de sexe sont monnaies courantes et parfaitement assumées.

La représentation du plaisir et l’évocation de la sexualité semblent alors tout à fait intégrées dans une société où le charnel n’est pas encore tabou.

Dans d’autres régions du monde comme en Chine ou en Inde, on trouvera des représentations très libres de sexualités aussi bien dans la littérature, qu’exposées sur les façades des temples (oui, oui).

Point de difficulté donc pour cette pornographie, qui s’exprime tout à fait tranquillement.

Au Moyen-âge, le rapport à la chair va commencer à être de plus en plus règlementé. Les religions s’immiscent progressivement dans l’intime et donnent des règles plus strictes sur les conduites à tenir en la matière : la sexualité devient taboue, contrôlée et centrée sur la procréation.

Seulement, comme souvent lorsqu’on interdit certains comportements, les récits et images pornographiques ne disparaissent pas pour autant : ils se font simplement plus discrets. C’est le début d’une pornographie cachée, qu’on se fera circuler sous le manteau, à grand renfort de textes codés. 

Au 20ème siècle, on voit se développer la littérature pornographique, les premières photographies, et dans leur sillage, le cinéma. La diffusion de films pornographiques devient publique dans les salles de cinéma bien qu’interdite aux mineurs, et puis… internet.

Avec lui, tout le contenu qu’on lui connaît, facilement et librement accessible à tous. La pornographie devient alors un objet de consommation, revêtant de multiples formes, et générant énormément d’argent. 

Le business de la performance : attention danger

Sur les 6 dernières années, l’humanité a regardé l’équivalent de 1,2 millions d’années de vidéos pornographiques et l’on compte plus de 100 milliards de pages visitées chaque année. 

On pourrait croire que la quantité astronomique d’images servirait une vision variée des sexualités et des pratiques. Pas vraiment : les rapports sexuels que l’on trouve le plus fréquemment se déroulent de façon très formatée et normée.

Le script sexuel présenté dans les films pornographiques hétérosexuels mainstream (et donc regardés par le plus grand nombre) est bien souvent centré sur une seule pratique : la pénétration. Alors que les possibilités en la matière sont tellement vastes…

Il y a une injonction à jouir en étant pénétrée pour les femmes et une injonction à faire jouir en pénétrant pour les hommes. 

Il y a un certain ordre à respecter, des pratiques à cocher dans la to do et surtout des rôles bien déterminés pour les femmes comme pour les hommes. Tout semble pré-écrit dans le porno.

La fellation, les pénétrations vaginales et anales, les éjaculations faciales sont considérées comme des actes amoureux élémentaires, y compris par les plus jeunes.

Ces actes sexuels qui sont repérés comme étant ceux de la « vraie vie », lorsqu’il n’y a pas d’autres références, posent pourtant bien souvent des questions de consentement, de banalisation de violences et de dégradation de l’image de la femme.

On a pu entendre de nombreux témoignages de professionnel.le.s du secteur sur la réalité des conditions de tournage. Parler d’excitation et de plaisir dans ce contexte paraît alors tout à fait hors de propos. 

Le corps dans le porno, est devenu également très normé : on constate sans peine que l’épilation intégrale est une règle immuable ; il en est de même pour la taille des sexes masculins quasi toujours largement au dessus de la moyenne et pour celle des seins, très souvent refaits.

L’imagerie pornographique a aussi une conséquence sur d’autres opérations chirurgicales devenues fréquentes : la labiaplastie, la vaginoplastie ou encore le blanchiment d’anus.

Par son omniprésence et son accessibilité, l’industrie pornographique, celle des tubes gratuits sur internet (sites porno les plus influents), influence de nombreux comportements et bon nombre de croyances autour de la sexualité.

Elle emporte avec elle les complexes de chacun.e, met la pression à tout le monde sur ce que l’on doit être et sur ce que l’on doit faire, limite l’imaginaire érotique de beaucoup (jeunes et moins jeunes, pas de jaloux), et peut même entrainer des questionnements et comportements problématiques (addictions notamment) qui vont être source de souffrances. 

Sacré tableau hein? Heureusement, il y a nombre de pistes à explorer pour se défaire du carcan porno mainstream.  

Quelles pistes à explorer pour s’en détacher ?

On peut déjà commencer à en parler : les images auxquelles on peut être confronté étant jeune, c’est souvent un sujet tabou.

On n’en parle pas souvent à la maison, et on ne l’aborde que trop peu à l’école, qui est pourtant un lieu privilégié pour aborder les questions d’éducation à la vie affective et sexuelle.

Si on n’en parle nulle part, comment apprendre et s’éduquer à la sexualité autrement que par ce qui est le plus accessible : internet et ses méandres pornographiques ? 

Les espaces de discussion et d’information (interventions scolaires, sites dédiés, petites vidéos explicatives…) peuvent amener à des prises de conscience, qui constituent souvent des étapes nécessaires et qui permettent de prendre un peu de distance afin de faire évoluer son regard.

Non, ce qui nous est donné à observer n’est pas forcément ce que je suis obligé.e de faire. Oui, la sexualité, cela s’apprend et cela peut mettre du temps. Oui, on peut tout à fait avancer dans ses pratiques par étapes.

Bien sûr, l’échange avec son/sa partenaire est fondamental pour s’aligner sur ce que l’on a envie de faire et d’explorer. On réalise ainsi que l’obligation de résultat, celle qui est souvent imposée par la pornographie, est très limitante.

Qu’elle restreint la relation à une seule finalité plutôt que de la présenter comme un acte de partage ouvert, créatif, léger, où chaque partenaire écrit son propre scénario avec l’autre. 

Développer son esprit critique face aux images pornographiques constitue une étape importante : s’informer sur les dessous de l’industrie pornographique, sur la réalité des conditions de tournage, sur l’illégalité de la plupart des plateformes qui diffusent du contenu volé permettra de mieux se positionner et peut être d’aller choisir une autre forme de porno. 

Aussi, rouvrir ses écoutilles et son regard est essentiel : l’art pornographique n’est pas forcément mauvais.

Il peut y avoir de jolies œuvres, cela peut être une véritable source d’excitations et de plaisirs. Encore faut-il entreprendre de choisir ce que nous consommons.

Alors, allons vers les mouvances dont on entend de plus en plus parler depuis quelques temps : le porno éthique, le porno féministe qui s’engagent (entre autres choses) sur les conditions de travail et de traitement des professionnels engagés sur les plateaux, avec des réalisatrices (et oui, des femmes) qui se positionnent et qui ne parlent plus de business et performance, mais de plaisir et de sexualité positive. 

Ouvrons grand les yeux sur toutes les peintures, photographies, œuvres littéraires anciennes et contemporaines qui balaient un paysage riche, de la poésie aux bandes dessinées en passant les mangas.

N’hésitez pas à aller fouiller la littérature libertine du 18ème siècle (de grands noms comme Diderot s’y sont frottés!), la littérature érotico-pornographique du 20ème (Apollinaire, Nin et tant d’autres…).

Et pourquoi pas aiguiser nos autres sens, l’ouïe notamment… Rendez-vous un peu plus bas, dans la rubrique « à tester chez vous »!

Finalement, la pornographie, au sens le plus large du terme, peut tout à fait s’intégrer à une sexualité consciente, positive et épanouie et devenir un support pour (re)trouver ce qui s’apparente à la sensualité, l’érotisme, la tendresse, le jeu, la découverte et l’exploration de soi, de l’autre…

Mais tout ceci s’apprend, et dépend beaucoup du regard avec lequel on l’aborde !

Le sexiez-vous ? Le porno à la loupe

C’est la place de la France en terme de consommation de porno. Les américains sont les champions du monde. 

C’est le temps moyen d’une visite d’un.e français.e sur un site pornographique. 

C’est le jour le plus “populaire” pour regarder du porno. Pantoufles, chill & porn. 

À tester chez vous, si le cœur vous en dit

Le porno auditif : faire l’amour avec ses oreilles

Vous l’avez compris, la pornographie ne se résume pas à la seule image des films, souvent limitante. Depuis quelques temps, se développent d’autres outils pouvant être utilisés comme supports masturbatoires ou comme starter de l’excitation.

C’est le cas de l’audio érotique, extrêmement riche en terme de stimuli érotique, qui nous permet de nous balader entre plusieurs styles. En voici une petite sélection. 

  • « CtrlX », pour les amateurs de littérature érotique : vous propose des lectures de textes érotiques et pornographiques d’Apollinaire à Mirabeau en passant par Bataille et Dustan. Ce qui marque ici c’est l’habillage sonore et tout le travail fait autour des voix et de leur environnement. Dans le même genre, il y a aussi Le Verrou, qui remet au goût du jour la littérature érotique. 
  • « Chambre 206 » : la pornographe féministe Olympe de G nous invite au Grand amour Hôtel à Paris, pour une expérience auditive et jouissive. Dans cette chambre 206, on plonge dans l’intimité d’un couple qui se retrouve. Et dans nos oreilles, les corps font l’amour pendant qu’en fond, une voix sensuelle nous échauffe. Une expérience immersive qui peut donner l’impression d’être à la fois acteur et auditeur de la scène.
  • « Voxxx » :  on nous suggère ici une pornographie plus ouverte, accordant au plaisir féminin la place qu’il mérite, sans jamais négliger l’émoi masculin. « Invitations au plaisir pour clitos audiophiles », voilà ce que l’on peut entendre au début de chaque épisode. Ce podcast propose des séances de masturbation guidées allant de la mini-fiction à des scènes de sexe plus crues et invitant tour à tour des hommes et des femmes aux orientations sexuelles diverses. 

Chez Charles.co, nous sommes convaincus des nombreux avantages que l’audio-érotique revêt : 

  1. Il permet d’ouvrir la pornographie sur autre chose que l’image et donc ne pas servir tous les effets néfastes que nous avons pu observer un peu plus haut ; 
  2. Il met en route et alimente notre imagination et notre créativité ;
  3. Il peut être un support pour des moments de plaisirs solitaires mais peut aussi se partager à deux (ou à plus) ;
  4. Il porte un message d’ouverture et de tolérance car les corps qui s’expriment dans ces audios sont singuliers et défendent un discours libre.
  5. Enfin, ils sont une invitation subtile à prendre du temps pour soi, à prendre le temps de se faire du bien. 

La liste est non exhaustive, soyez curieux.ses, allez explorer !

Des chiffres et du sexe

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