La sexletter #10, par Charles.co et Claire Alquier

La sexletter #10, par Charles.co et Claire Alquier

Le mot par Charles.co

Bonjour à tous et à toutes, 

Chez charles.co, nous ne parlons pas d'éjaculation au singulier. En effet, elles sont diverses et propres à chacun. Elles posent beaucoup de questions : comment ça marche ? d'où ça vient ? Y en-a-t-il plusieurs types ? Est-ce qu'une éjaculation signifie un orgasme ? 

Une nouvelle fois, on déblaye tout ça avec la sexologue Claire Alquier : vous allez tout savoir. 

Nous vous souhaitons une bonne lecture et surtout une excellente journée.


Jouissance, par Claire Alquier

L’éjaculation est un sujet auquel on a de grandes chances d’être confronté.e.s un jour. Directement parce qu’on le vit dans notre corps et/ou indirectement par le biais de nos partenaires.

Quoi qu’il en soit, c’est un sujet qui reste parfois un peu énigmatique, voire tout à fait mystérieux, dont on ne parle pas si souvent. C’est pourquoi, on vous a concocté pour cette nouvelle newsletter, un petit point sur ces fameuses éjaculations. 

L’éjaculation est l’expulsion d’un liquide corporel survenant la plupart du temps au moment de l’orgasme, lors d’un rapport sexuel ou d’une masturbation.

Elle peut aussi survenir comme réflexe physiologique à d’autres moments, comme en pleine nuit, dans ce que l’on nomme les “pollutions nocturnes” (on ne dit pas merci à celui qui a trouvé ce nom détestable : éjaculer la nuit à la suite d’un rêve érotique ne devrait rien à voir à faire avec une “pollution”, enfin bon).

L’éjaculation est donc souvent concomitante au moment de l’orgasme, mais pas que. Elle peut être tout à fait dissociée de ce moment-là. Et hop, voilà déjà une première idée reçue à déconstruire! Et puisqu’on y est : on parle beaucoup d’éjaculation masculine, figurez-vous que les femmes aussi en ont ! 

Mais revenons plus précisément à ce qu’il se passe côté hommes :

L’éjaculat est constitué de sperme, de liquide séminal et de liquide prostatique, et ici, l’éjaculation se déroule en deux phases : 

  • D’abord l’émission : les canaux déférents, les vésicules séminales et la prostate se contractent en expulsant le sperme vers la base de l’urètre, ce qui provoque une tension dans cette zone. C’est communément ce que l’on peut ressentir comme étant le point “non-retour”. L'éjaculation va se produire et elle est désormais inévitable.
  • Ensuite vient l’expulsion du sperme : le périnée (ce cher muscle précieux) se contracte par saccades et le sperme est expulsé par le méat urétral. 

Le sperme ainsi expulsé de l’urètre, sera projeté de quelques centimètres à plus de deux mètres selon les personnes (ce qui permet notamment lors d’un coït pénétrant à vocation reproductive de déposer le sperme au plus profond du vagin).

Et puis, il n’y a pas de vérité immuable non plus, plutôt quelques croyances limitantes. 

Par exemple : on peut jouir sans éjaculer. Lors de la puberté notamment, les premiers orgasmes (nocturnes ou pas), peuvent avoir lieu sans émission de sperme, sa production n’étant pas encore fonctionnelle. L’inverse est aussi vrai. On peut éjaculer sans avoir d’orgasme.

Dans des situations d’éjaculation précoce par exemple, mais aussi par contrôle : en contractant fortement le muscle élévateur de l’anus (le muscle puboccocygien) au moment où l’on sent venir le point de non-retour dont on parlait un peu plus haut.

Cette technique est notamment enseignée dans le monde tantrique et dont l’apprentissage permet au sujet de ne pas perdre son érection après un premier orgasme sans éjaculation (on parle aussi d’injaculation, d’étreinte réservée, d’orgasme sec…).

En voilà des promesses!

Et après l’éjaculation… et bien le pénis perd son érection et on entre dans ce qu’on appelle la période réfractaire, celle où le corps entre en repos, histoire de se remettre de toutes ces émotions.

Sinon, en parlant de promesses, il y en a aussi en matière d’éjaculation chez les femmes ! 

On entend (timidement mais tout de même un peu plus) parler d’éjaculation féminine, de “squirt”, de “femme fontaine”... sans finalement trop savoir de quoi il s’agit : est-ce la même chose ? Est-ce fréquent ? D’où cela vient-il ?

Sur ce point, il n’y a pas grand chose dont on soit sûr.e.s (spoiler, on ne s’est pas beaucoup beaucoup intéressés à la sexualité féminine jusqu’à il y a peu de temps, aussi il y a très peu d’études et de recherches sur cette question), mais on peut affirmer la chose suivante : il y a bien une éjaculation féminine, mais ce n’est pas la même chose que ce que l’on appelle le squirt (qui signifie jet en anglais) ou l’émission fontaine.  

L’éjaculation féminine est produite par les glandes de Skène. Au départ, il s’agit de la même cellule, qui à mesure de la formation du fœtus, va se transformer en prostate ou en glandes de Skène.

Ces petites glandes vont produire un éjaculat dont la composition est proche du liquide prostatique qu’on retrouvera chez les personnes dotées d’une prostate.

Et figurez-vous qu’on ne se rend pas forcément compte de son émission à ce liquide, car l’éjaculat représente en moyenne 1 millilitre… de quoi passer tout à fait inaperçu au milieu des autres sécrétions.

Impossible donc de dire si une femme éjacule à chaque rapport, au moment de l’orgasme… On sait juste que c’est possible. 

Ce qui passe un peu moins inaperçu c’est donc ce qu’on appelle le squirt ou l’émission fontaine et qu’on confond souvent avec l’éjaculation. Ici en effet, la quantité du liquide émis est beaucoup plus visible : entre 5 et 30 cl de liquide.

Sauf qu’ici, ce n’est pas produit par les glandes de Skènes, contrairement à l’éjaculat, et c’est émis par l’urètre. 

Là non plus pas de règle fixe : il y a des femmes pour qui ce sera concomitant à un orgasme, pour d’autres cela sera presque une source de déplaisir ; certaines ne connaîtront jamais ça d’autres qu’une seule fois, épisodiquement ou presqu’à chaque rapport ; certaines verront un jet puissant être émis, alors que d’autres observeront une petite cascade couler.

Et si toutes les femmes ne vivent pas d’émission fontaine, il apparaît que c’est toutefois possible pour toutes, car il n’y a pas de prédisposition anatomique qui le nécessiterait. C’est précisément à cet instant qu’on va parler de la fameuse zone G, puisque c’est sa stimulation qui va déclencher l’émission.

Concernant les éjaculations, on parle à la fois de contrôle mais aussi beaucoup de lâcher prise. On ne sait plus forcément sur quel pied danser. Mais ça aussi, ça s’apprend et ça se travaille. Comme très souvent en matière de sexualité, notre rapport à l’éjaculation ne se vit pas toujours en toute quiétude sur une mer d’huile.

Évidemment, il peut y avoir des questions, des inquiétudes et/ou des souffrances, desquelles il s’agit de pouvoir parler pour peut-être se faire aider, alors n’hésitez pas et prenez soin de vous !

Le sexiez-vous ? Les divers troubles de l'éjaculation


Elle survient en moins de 3 minutes après le début de la stimulation sexuelle.

Le sperme est expulsé sous forme d'un écoulement et non de jets puissants.

Absence d’émission externe de sperme. Ce dernier est redirigé partiellement ou en totalité vers la vessie.

À tester chez vous, si le cœur vous en dit

Connaissez-vous l'edging ? 

Littéralement, cela signifie “bordure”. Vous vous demandez quel est le lien avec l’éjaculation ? Vous allez vite comprendre. D’abord, partons si vous le voulez bien, du postulat de départ que votre éjaculation, messieurs, est liée à un orgasme.

Et bien l'edging, c’est le fait de retarder volontairement, au maximum, son orgasme dans l’objectif d’accéder à une jouissance plus intense. De se trouver “au bord de”. 

L’orgasme n’est pas toujours facile à atteindre, et l’éjaculation parfois compliquée à maîtriser.

La pratique de l’edging, au delà de la promesse de décupler sa jouissance, c’est aussi surtout à mon sens, un excellent moyen pour apprendre à mieux se connaître, car cela nécessite d’être attentif.ve à ce qu’il se passe pendant le rapport ou pendant la masturbation : on regarde sa montée dans l’excitation et le plaisir, ressent son corps, on apprend à identifier les signes de l’orgasme et on observe ce fameux moment où le point de non retour est atteint. 

Du coup, on essaie d’arrêter la stimulation juste avant. Avant que la commande de l’éjaculation soit passée, mais pas trop tôt non plus afin de conserver l’énergie sexuelle et l’excitation. 

Ce processus de “stop and go” peut se renouveler à plusieurs reprises, selon comment on y parvient, et permet d'accumuler une certaine quantité de plaisir qui promet d’être explosive à la libération.

Alors cela ne change rien à la quantité de sperme émise, mais cela peut justement être un outil de meilleure compréhension de son fonctionnement, un outil de plaisir bien sûr, ainsi qu’un outil de dédramatisation de l’éjaculation, ce qui peut être fort utile dans la prise en charge de certains troubles. 

Cela peut se faire seul.e ou à deux, et j’ai parlé de vous messieurs, par rapport à la concomitance fréquente du duo éjaculation/orgasme, mais l’edging est évidemment tout à fait adapté aussi aux dames. 

N’hésitez pas à aller explorer les méandres de votre plaisir!

Des chiffres et du sexe