Interview expert François Kraus, Directeur du pôle Genre, Sexualités et Santé sexuelle :

« L’éjaculation précoce est un phénomène de masse qui est loin d’être une expérience de jeunesse. Non seulement la quasi-totalité des hommes n’ont pas réussi à se retenir avant leur partenaire, mais presque autant admettent avoir déjà eu récemment une éjaculation trop rapide. Par ailleurs, ce problème n’est pas limité qu’au fait de jouir trop rapidement mais il correspond à un vrai problème pour de nombreux hommes qui admettent avoir majoritairement déjà joui au moment même de la pénétration. Plus préoccupant encore, 1 homme sur 3 a déjà joui avant même d’avoir pénétré sa partenaire (éjaculation ante portas).

François Kraus, expert genre sexualite et sante sexuelle à l'IFOP

Dans une période où le principe de réciprocité et de plaisir entre partenaires domine, il est difficile pour les hommes d’assumer le fait de ne pas complètement épanouir sexuellement leur conjoint. Cette éjaculation trop rapide est source d’anxiété, de honte et de remise en cause de leur confiance en soi.

Ce problème a tendance à dégrader la relation de couple. Les hommes ont pour habitude de ne pas en parler aussi bien au corps médical mais également à leur partenaire, alors même qu’ils ont conscience de ce problème. Ils sous-estiment grandement l’impact négatif que cela peut engendrer dans leurs relations. En effet, les hommes sont deux fois moins nombreux à penser qu’une relation a été rompue à cause de ce problème, que ce que disent les femmes qui ont été en couple avec des éjaculateurs précoces. Les plus jeunes qui débutent dans leur vie sexuelle, sont les plus victimes de ruptures conjugales à cause de leur problème d’éjaculation. Le niveau de tolérance est sous-estimé par les hommes, à l’heure où aujourd’hui pour toutes les femmes, la norme de l’orgasme partagé entre partenaires est devenue dominante. Face à l’ampleur du problème, et face aux risques que les éjaculations précoces peuvent engendrer sur une relation de couple, les hommes utilisent davantage les différentes techniques de contrôle comportementales que les véritables solutions médicamenteuses. 1 homme sur 2 s’est déjà masturbé pour faire baisser son niveau d’excitation. Les solutions médicamenteuses sont aujourd’hui très marginales alors même que ce sont les plus efficaces. »

Pour résumer :

À une époque où domine la norme du principe de réciprocité de plaisir entre partenaires, le fait pour un homme de ne pas faire durer la pénétration constitue une source d’anxiété voire de honte qui ne facilite pas la verbalisation de ce problème auprès du corps médical et pousse les hommes à recourir à des méthodes comportementales diverses et variées et parfois risquées.

L’absence d’inefficacité de ses solutions peut avoir des impacts lourds non seulement sur la qualité de vie du patient (phénomène d’anxiété autour de la performance sexuelle et perte d’estime de soi) mais peut également créer une dégradation de la relation de couple et des conséquences graves qui sont souvent sous-estimées par les hommes.

La solution semble être une plus grande déculpabilisation de la gent masculine de ce problème ainsi qu’une libération de la parole sur le sujet auprès des professionnels de santé afin d’améliorer les traitements de cette dysfonction qui ne touche pas seulement les jeunes.