Le commentaire de François Kraus, expert Genre, Sexualités et Santé sexuelle à l’IFOP :

François Kraus, expert genre sexualite et sante sexuelle à l'IFOP

On observe que les troubles de l’érection touchent de nombreuses personnes, qu’en pensez-vous ?

Nous observons tout d’abord que les problèmes de dysfonction érectile sont loin d’être un phénomène marginal puisqu’ils ont déjà affecté une majorité des Français. En effet, presque deux Français sur trois ont déjà rencontré des problèmes d’érection au cours de leur vie, dont un sur cinq de manière régulière (21%). Il s’agit donc d’un phénomène en constante augmentation depuis le début des années 2000 avec un degré de prévalence qui a augmenté de 15 points en l’espace de 15 ans.

Cependant, pour beaucoup d’hommes, ce genre de mauvaise expérience n’est pas qu’un lointain souvenir, mais bien un problème actuel, auquel beaucoup sont confrontés aujourd’hui dans leur vie de couple : plus d’un homme sur trois (38%) a ainsi connu au moins une forme de dysfonction érectile au cours des 12 derniers mois. Sachant que les principaux problèmes auxquels ils sont exposés sont le manque de fermeté de leur sexe (24%) et la survenance d’un problème d’érection au sens large. Et ces problèmes ont tendance à croître naturellement avec l’âge, mais également avec le niveau de stress supporté (55% des hommes stressés sont touchés). A noter toutefois que ce sont les problèmes les moins graves qui sont répandus, les hommes ne réussissant pas du tout à avoir d’érection demeurant peu nombreux.

Existe-t-il des facteurs aggravants ?

En analysant plus finement les résultats, on observe quelques facteurs aggravants intéressants à mettre en lumière tels que la dépendance aux écrans ou au porno. En effet, la proportion d’hommes victimes d’au moins une forme de dysfonction érectile est supérieure à la moyenne chez les hommes qui regardent tous les jours ou presque des sites d’information (45%) ou des vidéos pornographiques (55%). Par ailleurs, ces problèmes d’érection sont d’autant plus problématiques que la majorité de la gent masculine a une conception très phallocentrée de la sexualité et du plaisir sexuel masculin : l’idée selon laquelle « un rapport sexuel doit impliquer une pénétration pour être pleinement satisfaisant » étant partagée par une majorité de Français (56%), en particulier par les jeunes de moins de 30 ans (64%). Ceci s’explique notamment par le fait que les jeunes hommes ont souvent une vision de la sexualité où les rôles et pratiques sexuelles sont très genrés tandis que les hommes plus matures relativisent plus simplement grâce à leur expérience ou leur statut socioprofessionnel.

Quelles conséquences pour les personnes souffrant de dysfonction érectile ?

Ces problèmes d’érection ont également un impact psychologique et provoquent des complexes. Ce qui démontre ainsi l’importance que les hommes accordent à l’érection, puisqu’un problème à ce niveau ou une absence totale d’érection peut leur paraître comme une remise en cause de la masculinité : les deux tiers des hommes qui ont souffert récemment de problèmes d’érection admettent avoir eu des complexes quant à la fermeté de leur sexe durant tout un rapport, à leur capacité à conserver leur sexe en érection jusqu’à la fin d’un rapport ou simplement d’avoir une érection.

Mais les problèmes d’érection ont aussi un impact plus large : ils remettent en cause la confiance en soi de l’homme. Par exemple, les personnes ayant des problèmes d’érection sont deux fois plus nombreuses à être complexées sur la taille de leur sexe (42%) et trois fois plus à avoir des complexes sur l’aspect de leur sexe en érection.

La dysfonction érectile a également un impact sur l’équilibre au sein du couple : 38% des hommes concernés affirment que cela a déjà eu des conséquences sur leur vie à deux, notamment chez les jeunes de moins de 30 ans (69%). A noter que ce chiffre est également plus élevé chez méditerranéens (63%), probablement dû à une vision potentiellement plus pénétrative de la sexualité.

Quels comportements les hommes adoptent-ils vis-à-vis de ces problèmes ?

Il faut dire que les hommes qui ont des problèmes d’érection ne sont pas décidés à en parler, que ce soit à leur partenaire ou à un professionnel de santé. La propension de la gent masculine à verbaliser ses problèmes d’érection reste faible : seul un quart des hommes dans cette situation en ont déjà parlé à quelqu’un et ils sont autant à en avoir déjà consulté un professionnel de santé pour ce problème ; la grande majorité d’entre eux (72%) n’ayant jamais consulté pour leur problème d’érection.

Leur difficulté à admettre le problème est encore plus grande au sein du couple puisque les hommes préfèrent inventer de fausses excuses : un homme sur trois a déjà donné une fausse excuse pour éviter un rapport sexuel avec sa partenaire. Un chiffre qui monte à 60% chez les jeunes moins de 30 ans, pour qui refuser un rapport sexuel, c’est risquer de remettre en cause le couple. Pour cette raison, ils préfèrent inventer une excuse plutôt qu’admettre qu’il y a un problème plus profond.

Certaines personnes assument-elles moins que d’autres ?

On remarque là aussi des facteurs aggravants : la proportion d’hommes aptes à inventer de fausses excuses est deux fois plus forte chez les jeunes qui regardent quotidiennement des sites ou des films tels que Netflix (53%), contrairement à ceux qui n’en regardent jamais. Cette tendance à masquer le problème au sein du couple se retrouve aussi fortement chez les personnes qui consultent beaucoup plus que la moyenne les réseaux sociaux (43%) ou les sites d’information (39%).

Dans le TOP 5 des excuses citées, on trouve avant tout la fatigue physique, devant le stress, l’excès de nourriture ou d’alcool, la proximité d’autres personnes, un mal de tête ou une migraine. Ainsi, les hommes ont tendance à mettre plus en avant des défaillances physiques plutôt qu’un problème d’ordre psychologique, sans doute parce que ce dernier est moins de nature à remettre en cause leur rapport à leur virilité.

Finalement, quelles sont les solutions choisies par les hommes sujets aux troubles de l’érection ?

Les hommes se contentent d’un « bricolage fantasmatique » plutôt que d’avoir recours aux solutions médicamenteuses efficaces. En effet, globalement, le recours aux médicaments sexo-actifs (viagra) reste le fait d’une minorité d’hommes ayant déjà eu des problèmes d’érection (seuls 21% l’ont déjà fait). Aujourd’hui, leur penchant est plutôt de faire agir la « machine à fantasme », liée à leur vie sexuelle personnelle (souvenirs intenses de rapport sexuel précédent) ou à des rapports sexuels virtuels (porno).

A noter que le recours au souvenir de rapport sexuel précédent soulève la question de l’infidélité fantasmatique : la moitié des hommes admettant avoir déjà pensé à faire appel à des souvenirs sexuels pour avoir une érection.

L’utilisation de produits psychoactifs reste en revanche marginale (10% chez l’ensemble des Français) sauf chez les jeunes : plus d’un quart des de moins de 30 ans (27%) admettent avoir déjà pris de la drogue pour résoudre leurs problèmes d’érection.  

Enfin, le principal frein des hommes à l’utilisation de médicaments pour résoudre leurs problèmes d’érection reste la défiance à l’égard de ces médicaments en raison notamment des risques sanitaires ou d’effets secondaires potentiels, loin devant le prix ou encore la peur que le/la partenaire en parle. De plus, un quart des hommes souffrant actuellement de problème d’érection sont aussi gênés d’aborder leur problème avec leur médecin.